Thierry Le Luron et ses compagnons : L’amour au temps du sida

Thierry le luron et ses compagnons : l'amour au temps du sida

Thierry Le Luron a partagé sa vie avec plusieurs hommes, notamment Jorge Lago, danseur argentin décédé en 1985, et Daniel Varsano, pianiste virtuose mort en mars 1988, un an et trois mois après l’imitateur. Ces relations amoureuses, longtemps gardées secrètes, révèlent la face cachée de l’une des plus grandes stars françaises du spectacle.

Jorge Lago, le grand amour argentin

Une rencontre qui bouleverse tout

La rencontre entre Thierry Le Luron et Jorge Lago a eu lieu en juin 1979, lors de l’émission “Numéro Un” consacrée à l’humoriste. Le danseur argentin, également acteur, était connu pour ses rôles dans “The Last Romantic Lover” (1978) et “Mi hijo no es lo que parece” (1974). Cette rencontre marque le début d’une histoire d’amour passionnée qui durera plusieurs années.

“J’ai su par maman qu’il avait eu une liaison avec un danseur argentin, Jorge Lago”, révélera plus tard Martine Simon-Le Luron, la sœur de l’imitateur, dans son livre La vie est si courte publié en 2013. Cette relation, d’une intensité remarquable, restera gravée dans le cœur de Thierry Le Luron jusqu’à sa mort.

Une fin tragique qui annonce le drame

Jorge Lago meurt en 1985 aux États-Unis, emporté par le sida après avoir beaucoup souffert. Dans des confidences bouleversantes rapportées par sa sœur, “Jorge est mort du sida, chez lui, aux États-Unis, il a beaucoup souffert ! Je suis allé voir sa mère, j’ai pleuré”, confiera Thierry Le Luron lors d’un trajet en voiture.

Cette perte constitue un tournant dramatique dans la vie de l’imitateur. La mort de Jorge Lago a marqué un tournant dans la vie de Thierry Le Luron et a plongé l’humoriste dans une profonde tristesse. Il comprend alors qu’il est lui aussi probablement infecté par le virus.

Daniel Varsano, le dernier compagnon

Un pianiste virtuose au destin brisé

Daniel Varsano, né le 7 avril 1953 à Casablanca, était un pianiste français de grand talent. Issu d’une famille aisée du commerce international, il choisit la voie artistique plutôt que de reprendre l’entreprise familiale. Le jeune pianiste débute sa carrière professionnelle parisienne en 1974 avec un récital à la salle Gaveau. Ses interprétations des Variations Goldberg de Bach et des Variations Diabelli de Beethoven deviennent rapidement ses chevaux de bataille.

Sa carrière connaît un succès remarquable. Son talent connaît une consécration majeure avec son disque CBS de 1979 dédié aux œuvres d’Erik Satie – Gnossiennes et Gymnopédies – qui lui vaut le prestigieux Grand Prix du disque. Cette reconnaissance internationale lui permet de se produire sur les plus grandes scènes mondiales.

Une relation discrète avec Thierry Le Luron

Dans le Paris nocturne des années 1980, Daniel Varsano fréquente les cercles artistiques et devient proche d’Alice Sapritch et de Thierry Le Luron. C’est ainsi que naît progressivement une idylle entre le pianiste et l’imitateur. Cette liaison reste très discrète, les deux hommes préservant jalousement leur intimité dans un contexte où l’homosexualité demeure largement taboue.

Daniel Varsano fait partie des quelques proches autorisés à rendre visite à Thierry Le Luron durant son hospitalisation à l’hôpital Lariboisière, témoignant de la profondeur de leur lien. Le pianiste accompagne l’imitateur dans ses derniers moments, partageant avec lui l’épreuve de la maladie.

Le combat contre le sida

Un voyage d’espoir aux États-Unis

Face à la progression de la maladie, le couple a essayé de se soigner ensemble en se rendant aux États-Unis chez un spécialiste. Grâce aux démarches de Line Renaud auprès de Jacques Chirac, qui contacte alors Ronald Reagan, Le Luron obtient l’autorisation d’être soigné à l’hôpital Bethesda près de Washington pour bénéficier de traitements expérimentaux anti-sida.

Hélas, comme le rapporte Jean-Jacques Debout, mari de Chantal Goya, ces soins innovants s’avèrent inefficaces. Au contraire, elle les avait plutôt encore affaiblis. Ce voyage d’espoir se transforme en dernière épreuve partagée.

Une fin tragique annoncée

Thierry Le Luron meurt le 13 novembre 1986 à l’âge de 34 ans, officiellement d’un cancer des cordes vocales. Le pianiste s’éteint le 9 mars 1988, quinze mois après l’imitateur, victime à son tour du sida alors qu’il n’avait pas encore 35 ans.

Il est enterré au cimetière du Montparnasse (division 8) à Paris, rejoignant ainsi dans l’éternité celui qui avait partagé ses dernières années.

L’héritage d’un amour secret

Le courage du silence

Selon les témoignages de Jean-Jacques Debout, Thierry Le Luron a toujours refusé d’évoquer publiquement sa maladie par égard pour ses parents qu’il ne voulait pas blesser. Cette discrétion s’explique aussi par le contexte de l’époque : en 1986, le sida était encore tabou et se développait à grande vitesse dans les milieux homosexuels.

L’article du 4 mars 2013 du Parisien et le livre de Martine Simon Le Luron closent définitivement le sujet, révélant enfin la véritable cause du décès de l’imitateur et l’existence de ses relations amoureuses masculines.

Une génération décimée

L’histoire de Thierry Le Luron et de ses compagnons illustre tragiquement le drame d’une génération. À Paris, dans les lieux à la mode, tout le monde savait que l’imitateur faisait des fêtes jusqu’au bout de la nuit et préférait les garçons. TLL a été, pour toute une génération, le triste symbole d’une jeunesse décimée par la maladie du siècle.

Aujourd’hui, ces révélations permettent de mieux comprendre l’homme derrière l’artiste, celui qui a su transformer sa souffrance en rire jusqu’au bout, préservant par son silence la quiétude de ses proches tout en vivant pleinement ses amours interdites.

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By Théo Lamarck

Théo Lamarck - Journaliste Cinéma Cinéphile passionné et critique reconnu, Théo couvre les festivals de cinéma (Cannes, Deauville, Venise) et suit l'actualité des acteurs et réalisateurs. Ses analyses de la vie privée des stars hollywoodiennes et françaises font référence. Diplômé en études cinématographiques, il réalise également des entretiens avec les plus grands noms du 7ème art.