Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, était un ancien militaire français né en 1979 à Woippy qui a servi sur la base aérienne 128 de Metz-Frescaty avant de devenir streamer. Décédé le 18 août 2025 lors d’un live controversé, cet homme de 46 ans avait connu une trajectoire marquée par un service militaire interrompu et une reconversion difficile vers le monde numérique.
Origines et service militaire
Naissance dans un milieu modeste
Raphaël Graven naît en 1979 à Woippy, commune de la banlieue de Metz en Moselle, dans un milieu familial modeste. Dès sa jeunesse, il se distingue par sa gentillesse mais aussi par une certaine naïveté qui marquera toute sa vie.
Son parcours l’amène naturellement vers le service militaire, une voie qui représentait alors une opportunité d’insertion professionnelle pour les jeunes de sa génération et de son milieu social.
Service sur la base aérienne 128 de Metz-Frescaty
Raphaël Graven effectue son service militaire sur la prestigieuse base aérienne 128 de Metz-Frescaty, située au sud de Metz sur les communes d’Augny et Marly. Cette base, active de 1955 à 2012, constituait un élément important du dispositif de défense aérienne français.
Affecté aux services d’entretien, il y sert dans les années 1990-2000 avec le grade de caporal-chef. Ses collègues se souviennent d’un homme au “cœur sur la main”, “toujours volontaire” et d’une “grande gentillesse”, mais aussi très influençable.
Fin prématurée du parcours militaire
Le parcours militaire de Raphaël Graven s’interrompt brutalement lorsque l’armée supprime le service militaire obligatoire. Bien que l’institution lui propose de rester, il doit passer des tests d’aptitude pour poursuivre sa carrière militaire.
Nicolas Frérot, ancien militaire qui l’a côtoyé plusieurs années, explique qu’il “n’avait pas le niveau” requis pour ces tests et “a dû partir”. Cette limitation intellectuelle, couplée à des “problèmes moteurs”, le rendait “inapte à beaucoup de choses”.
Difficultés de reconversion civile
Emplois précaires et licenciements
Après sa sortie de l’armée, Raphaël Graven enchaîne les emplois précaires sans jamais parvenir à se stabiliser professionnellement. Il travaille successivement comme agent d’entretien, postier, cantonnier, et même dans un abattoir à Metz.
Son passage dans cet abattoir se solde par un licenciement pour “questions d’hygiène”, illustrant ses difficultés d’adaptation au monde civil et aux exigences professionnelles standards.
Isolement social et fragilité
Les témoignages convergent pour décrire un homme devenu isolé socialement après son départ de l’armée. Déjà surnommé “le cadavre” par certains en raison de sa maigreur et de sa fragilité physique, il peine à créer des liens durables.
Cette vulnérabilité sociale le rend particulièrement réceptif aux nouvelles opportunités, notamment celles offertes par internet et les plateformes de streaming.
Découverte du monde du gaming
Premiers pas sur internet
C’est grâce à internet que Raphaël Graven trouve une nouvelle voie d’expression. Bien qu’il n’ait initialement “aucune connaissance informatique”, comme le rappelle Nicolas Frérot qui l’a aidé pour des problèmes techniques, il découvre progressivement les possibilités du numérique.
Ses premiers contenus concernent le gaming, domaine où ses réactions spontanées et parfois excessives trouvent un public. Ses “accès de colère” sur des jeux comme Fortnite ou FIFA lui valent ses premiers fans et une notoriété naissante.
Émergence de Jean Pormanove
Le pseudonyme “Jean Pormanove” devient progressivement son identité numérique principale. Ce nom, dérivation de son vrai prénom, lui permet de créer un personnage attachant qui séduit une audience en quête d’authenticité.
Sa personnalité candide et ses réactions imprévisibles constituent son principal atout dans un univers souvent codifié du streaming français.
Rencontre fatale avec NarutoVie et Safine
Collaboration avec le collectif “Le Lokal”
La trajectoire de Raphaël Graven bascule définitivement quand il rejoint Owen Cenazandotti (NarutoVie) et Sofiane Hamadi (Safine) au sein du collectif “Le Lokal”. Cette collaboration, initiée il y a environ cinq ans, le conduit à s’installer dans le Var.
Cette collaboration évolue progressivement des contenus gaming traditionnels vers des formats plus controversés, où Raphaël devient progressivement une cible de “défis” humiliants.
Migration vers les plateformes permissives
Le groupe migre successivement de YouTube vers TikTok puis vers Kick, plateforme australienne réputée pour sa modération moins stricte. Cette évolution traduit une radicalisation progressive des contenus produits.
Les formats deviennent de plus en plus extrêmes, transformant Raphaël Graven en “souffre-douleur” principal des émissions, situation qui génère une audience importante mais soulève des questions éthiques majeures.
Signaux d’alarme et tentatives d’intervention
Inquiétudes des anciens camarades
Nicolas Frérot et d’autres anciens militaires tentent d’alerter Raphaël sur les dérives de sa situation. “Je lui disais : ‘Mais putain, Graven, pars de là, reste pas avec tes connards'”, témoigne-t-il.
Ces tentatives d’intervention révèlent un phénomène troublant : des personnes répondent à la place de Raphaël sur les réseaux sociaux, suggérant une forme de contrôle exercé par son entourage.
Première enquête judiciaire
En janvier 2025, une enquête est ouverte par le parquet de Nice suite à un article de Mediapart dénonçant les violences subies par Raphaël. Interrogé par la police, il minimise les faits, les présentant comme des “mises en scène visant à faire le buzz pour gagner de l’argent”.
Il évoque alors des revenus de “6 000 euros” mensuels via une société qu’il avait créée, montrant que cette activité représentait sa principale source de revenus.
Vie dans le Var et isolement progressif
Installation à Drap
Convaincu par Owen Cenazandotti de s’installer à Drap dans les Alpes-Maritimes, Raphaël Graven quitte définitivement sa Moselle natale. Cette migration géographique l’éloigne de ses derniers repères familiaux et amicaux.
Dans le quartier de La Condamine, il trouve selon certains témoins “sa meilleure vie”, bénéficiant d’activités sociales (sorties restaurant, mer, bateau) qu’il n’avait jamais connues.
Dépendance croissante
Cependant, cette nouvelle vie s’accompagne d’une dépendance croissante envers ses “partenaires” de streaming. Les témoignages suggèrent une perte progressive d’autonomie, Raphaël devenant de plus en plus soumis aux décisions du groupe.
Cette dépendance se manifeste par son incapacité à quitter le collectif malgré les alertes de ses anciens amis et les violences subies.
Tragédie finale et révélations
Le live de 300 heures
Le drame survient lors d’un marathon de streaming de plus de 300 heures (12 jours), format extrême qui pousse les participants à leurs limites physiques et psychologiques. Les conditions de ce live incluent privation de sommeil, réveils brutaux et diverses contraintes.
Raphaël Graven, déjà fragile physiquement et souffrant de problèmes cardiovasculaires, ne résiste pas à ces conditions extrêmes et décède en direct le 18 août 2025.
Questionnements sur la manipulation
Les révélations post-mortem confirment les soupçons de manipulation. Les anciens camarades militaires dénoncent l’exploitation d’un homme vulnérable, “trop gentil” et facilement influençable.
L’enquête judiciaire ouverte après son décès devra déterminer les responsabilités dans cette tragédie qui illustre les dérives possibles de l’économie de l’attention sur internet.
Héritage et leçons
Portrait d’une vulnérabilité exploitée
Le parcours de Raphaël Graven illustre tragiquement comment des personnes en situation de fragilité peuvent être exploitées dans l’écosystème numérique. Son passage du service militaire structurant aux dérives du streaming révèle les failles de l’accompagnement social.
Impact sur la régulation du streaming
Son décès pourrait marquer un tournant dans la régulation des plateformes de streaming, particulièrement concernant la protection des personnes vulnérables et l’encadrement des contenus extrêmes.
L’affaire soulève également des questions sur la responsabilité des créateurs de contenu envers leurs collaborateurs les plus fragiles.
Raphaël Graven restera comme le symbole tragique d’un homme ordinaire broyé par les mécanismes impitoyables de la célébrité numérique, transformant sa gentillesse naturelle en vulnérabilité fatale dans un monde où l’audience prime sur l’humanité.